r Los domingos
Alauda Ruiz de Azúa, Espagne, France, 2025o
Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s'apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. À la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu'elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d'embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, Maite, la tante d’Ainara, tente de détourner l'adolescente de cette vocation inattendue. Mais toute le monde se pose la même question: qu'est-ce qui pousse Ainara à renoncer à la vie séculaire?
Le premier long-métrage de la réalisatrice espagnole Alauda Ruiz de Azúa, Cinco lobitos (2022), avait été nommé dans pas moins de onze catégories aux Goya, l’équivalent espagnol des Oscars. S'il avait alors échappé à notre attention, la sortie de son deuxième long-métrage, Los domingos, récompensé par une Concha de oro au dernier Festival de San Sebastian, donne furieusement envie de découvrir les réalisations précédentes de cette cinéaste au talent éclatant. Le sujet, délicat, – la vocation religieuse d’une adolescente de Bilbao, confrontée aux réactions réprobatrices de sa famille –, aurait aisément prêté le flanc à un traitement académique, voire maladroit, mais Alauda Ruiz de Azúa en tire un film choral d’une maturité impressionnante, dont la finesse d’écriture n’est pas le moindre des mérites. Propriétaire de restaurant débordé, élevant seul ses trois filles depuis la mort de leur mère, Iñaki ne sait que répondre à son aînée, Ainara, dix-sept ans, qui souhaite entrer dans les ordres. Sa tante tente par tous les moyens de la dissuader, persuadée qu’Ainara doit d’abord découvrir le monde. Si la question du libre arbitre demeure au centre du récit – l’adolescente est-elle trop jeune pour prendre une décision aussi importante? Est-elle manipulée par son bellâtre de directeur spirituel? – la cinéaste s’attarde avec attention sur chacun des personnages secondaires de ce portrait de famille. Ici, tout le monde a ses qualités et ses défauts, personne n’est à l’abri d’un faux-pas, particulièrement lors des repas dominicaux présidés par la grand-mère. Alors chacun·e y va de son commentaire sur la décision d’Ainara, on est d’autant plus troublé par le mystère que cette dernière incarne. Sa vocation lui – et nous – échappe. Une chose est sûre: l’actrice, Blanca Soroa, a été touchée par la grâce.
Emilien Gür
